4-2 - L'effet rebond et les maisons passives (2016)

Le sommaire des concepts des maisons passives

L'effet rebond provoqué par les habitations économes


Limiter la consommation d’énergie des constructions, c’est réduire la pollution. Un corollaire de cette démarche écologique devrait être une économie en termes de factures énergétiques mensuelles pour leurs occupants, propriétaires ou simples locataires. Ce n’est pas si simple. Une réduction de la consommation ne rime pas toujours avec une réduction proportionnelle de la pollution et des factures.

Le sentiment d’économie incite à une amélioration du confort, probablement déraisonnable, mais incontrôlable car quasi-instinctif et parce qu’il en coûte moins cher. Cette tendance, qui résulte généralement d’une augmentation des températures de consigne des thermostats, provoque une augmentation de fait des consommations énergétiques dont l’ampleur est souvent difficile voire impossible à estimer par l’utilisateur. Cette réaction est un « effet rebond »

« L’effet rebond » est une conséquence intrinsèque à l’action mise en œuvre. C’est un effet négatif qui limite ou s’oppose à toute ou partie des objectifs initiaux même parfaitement définis et d’apparence extrêmement logiques.
Ce constat doit nous inciter à intégrer largement et systématiquement la psychologie humaine à toute décision et a ne pas se limiter seulement à la logique immédiate, même la plus évidente. Les solutions de recherche d’économie d’énergie dans la construction doivent être basées en priorité sur celles qui améliorent le confort au maximum pour au moins limiter cette réaction très défavorable. Cette conclusion devrait inciter encore plus à privilégier la qualité de l’isolation plutôt que celle des systèmes de chauffage, même très performants, parce que c’est le seul choix qui permette de limiter les besoins énergétiques toute en améliorant simultanément le confort au maximum. C’est le principe de base des constructions passives au standard Passivhaus.

Dans tous les cas, mais surtout lorsque cet effet néfaste sera évité, l’économie d’énergie réalisée laissera un capital mensuel disponible pour le développement d’activités. Qu’elles soient nouvelles ou déjà existantes, ces actions pourront être à la base d’une augmentation de la pollution parce qu’elles nécessiteront peut-être l’usage de nouvelles sources d’énergie. Si tel est le cas, l’objectif initial qui consiste à limiter la pollution sera également totalement raté.
Les effets rebonds, qui ne sont pas toujours prévisibles, peuvent se cumuler pour neutraliser voire même inverser les résultats attendus.

L'effet rebond dans les constructions RT2012


De nombreuses études démontrent que, dans les bâtiments RT2012, les températures de consigne sont pratiquement toujours supérieures aux températures prévues dans les calculs. L’aberration de la fixation d’une température de consigne à 19°C, la mauvaise qualité des calculs conventionnels conjugués avec des bâtiments dont les parois ne présentent pas des qualités d’isolation suffisante et, malgré tout, un sentiment d’économie conduisent fréquemment à fixer la température de l’air à 21 ou même parfois à 22°C. Cette réglementation technocratique, qui n’a pas pris en compte la psychologie individuelle, facilite ce comportement grâce à la puissance des systèmes de chauffage qu'elle impose encore.

L'effet rebond dans les constructions passives


Dans les constructions passives la température de consigne est fixée à 20°C et la méthode de calcul n’est pas basée sur des conventions, mais sur la réalité de la physique. La qualité du bâtiment et de ses parois prévaut sur celle du système de chauffage qui devient rudimentaire parce que faiblement utile. Le besoin de confort individuel est un corollaire du concept. Les constructions de ce type ne pourront toutefois pas résoudre le problème de l’effet rebond lié à l’énergie, bien au contraire, puisqu’elles permettent, dès le départ et à long terme, de baisser encore plus fortement le coût global et donc les factures énergétiques mensuelles du bâtiment. Ce sera alors à chacun de choisir la façon dont ces économies d’énergie seront dépensées et d’éviter les conséquences nuisibles d’une plus grande liberté financière.

En définitive, l’effet rebond ne pourrait vraisemblablement être limité que par la mise en place simultanée de taxes carbone et d’une augmentation du prix des énergies polluantes.

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Jean-Michel Pupille - Architecte D.P.L.G.


En résumé :

  • L’effet rebond est une conséquence négative intrinsèque à l’action mise en œuvre.
  • C’est une réaction qui limite ou s’oppose à toute ou partie aux objectifs souhaités
  • Un effet rebond n’est pas toujours prévisible.
  • Les effets rebonds peuvent se cumuler pour neutraliser voire même inverser les résultats attendus.


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