18-5 - Compatibilité RT2012 et Passivhaus


Exemple de maison passive - © J-M Pupille - Architecte

Exemple de maison passive - © J-M Pupille Architecte

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Compatibilité entre maison passive et RT2012



À l’heure ou l’application de la RT2012 est obligatoire, la question n’est plus de comparer objectivement les constructions réglementaires avec les constructions passives labellisées Passivhaus, mais plutôt de savoir si, en France, les constructions passives certifiées peuvent être conformes à la RT2012 dont le respect devra être attesté lors du dépôt du permis de construire puis lors de la réception. Sans une réponse positive à cette question, il ne serait tout simplement plus possible de construire sur le mode passif qui assure pourtant une qualité et une sécurité maintes fois éprouvée.

Construire passif c’est un choix, mais construire RT2012 c’est une obligation…

Pour savoir si construire passif peut être réalisé en parfaite conformité avec la nouvelle réglementation thermique, il est possible de vérifier si les critères du label Passivhaus peuvent garantir le respect de la RT2012 ou, inversement, si les exigences de résultat et les obligations de moyen de la RT2012 permettent d’atteindre les mêmes performances que le label Passivhaus.

Aussitôt posées, ces deux propositions volent en éclat :
  • Le label Passivhaus ne peut pas garantir le respect de la RT2012 parce qu’il n’intègre pas les multiples critères qu’elle inclut, par exemple, l’obligation d’utiliser des énergies renouvelables.
  • La RT2012 ne peut pas garantir le respect du label Passivhaus, entre autres, par le droit clairement affiché d’autoriser des ponts thermiques certes limités, mais suffisants pour dépasser à eux seuls le principal critère du label qui limite les besoins à 15kWhu/m2SHab/an

La seule solution plausible pour assurer la conformité à la RT2012 et au label Passivhaus consiste à cumuler les exigences des 2 règlements en vérifiant qu’il n’existe pas d’incompatibilités et en ne conservant que les obligations équivalentes les plus contraignantes. Toutes les contraintes résultant de cette compilation devront être respectées.

Le respect de la RT2012 doit être validé et attesté. Le label Passivhaus ne pourra pas être mis en œuvre s’il n’y est pas conforme. Il ne l'est malheureusement pas lorsque le chauffage est assuré par l’air insufflé ou par un appareil indépendant de chauffage au bois, et que le dispositif mis en œuvre est commun à des locaux d’une surface habitable totale de plus de 100 m2. C'est d'autant plus regrettable que rien ne justifie cette règle de la RT2012 qui n'améliore pas les performances d'une construction.

La comparaison pour cumul, des critères des maisons passives avec les exigences de résultat et les obligations de moyen des constructions RT2012, montre qu’il n’existe pas d’obligations contradictoires supplémentaires. Il existe par contre 2 éléments similaires dont les contraintes sont différentes :
  • Les limites du confort d’été sont différentes, mais pas incompatibles. Le respect simultané des 2 règles devra être vérifié en fonction des spécificités de chaque méthode de calcul.
  • L’étanchéité à l’air la plus contraignante est celle du label Passivhaus. L’obligation de moyen concernant l’étanchéité à l’air de la RT2012 devra être remplacée par le critère du label Passivhaus dont le respect implique de fait celui de la réglementation française.

La RT2012 est une réglementation d’objectif comme le label Passivhaus. Ce constat, qui est peut-être le seul point vraiment commun aux 2 certifications, est déterminant.

La RT2012 permet de choisir entre des bâtiments de mauvaise qualité, mais dotés, entre autres, de systèmes actifs de chauffage très efficaces ou des bâtiments performants avec des systèmes de chauffage rudimentaires. Rien, a priori, n’empêche de pousser les exigences de résultat et les obligations de moyens au-delà des obligations réglementaires afin de satisfaire aux critères des constructions passives optimisées économiquement tout en restant conformes à la réglementation. Construire passif en conformité à la RT2012 résulte du choix du maître d’ouvrage. Pour qu’il puisse être satisfait, tous les a priori et toutes les incertitudes sur la compatibilité de la réglementation et du label doivent être levés.

ParagrapheLes conditions de la comparaison



Nous admettrons pour la suite, mais sans pouvoir le démontrer, faute de test du nouveau moteur RT2012 du CSTB, que le calcul des besoins, parce qu’ils devraient découler de la simple application des règles de la physique, sont proches avec les 2 méthodes de calcul. Il faut toutefois noter que :
  • Le fait de considérer que les calculs RT2012 sont proches de la réalité pénalise le label Passivhaus parce que le calcul RT2012 n’est qu’un calcul conventionnel qui aura pour conséquence vraisemblable de sous-estimer fortement les besoins réels;
  • Les calculs sont basés sur une température intérieure de 20°C pour le label Passivhaus alors que c’est une température opérative de 19°C qui est prise en compte pour la RT2012, l’écart pouvant conduire à une surconsommation de plus de 15%.

Les critères des constructions passives sont basés sur l’énergie utile alors que les exigences de résultat et les obligations de moyens de la RT2012 sont fondées sur l’énergie primaire. Le risque qu’une construction passive ne puisse pas être conforme à la RT2012 est maximum dans le pire des cas, celui de l’hypothèse précédente et d’un chauffage électrique rudimentaire par effet joule dans lesquels le coefficient de conversion de l’énergie consommée en énergie primaire est maximum et donc très défavorable. La compatibilité dans ce cas implique une compatibilité dans tous les cas.

ParagrapheUne analyse du besoin de chauffage



Le premier critère des constructions passives, le plus important, consiste à limiter le besoin de chaleur au maximum de 15kWhu/m2SRE/an. La SRE, Surface de Référence Énergétique définie par le Passivhaus Institut est, la plupart du temps, égale à la SHab, la Surface Habitable. Le besoin maximum peut donc être considéré égal à 15kWhu/m2SHab/an. Ce besoin correspond à l’énergie physique utile calculée sur une année, celle réellement nécessaire à la stabilisation du confort intérieur à 20°C. L’énergie finale, celle indiquée par le compteur peut-être supérieure ou inférieure en fonction de l’efficacité du système de chauffage. L’effet joule, par rayonnement ou par convection, a un rendement qui peut être considéré proche de 100%. L’énergie finale est donc identique à l’énergie utile à 15kWh/m2SHab/an.

Le facteur de conversion de l’électricité en énergie primaire est, selon la future RT2012, de 2,58. Le besoin en énergie primaire de notre construction passive est donc de 15*2,58 soit environ 39kWhep/m2SHab/an. Mais la RT2012 ne fait pas référence à la SHab, ce serait trop simple. Elle fait référence à la SHONRT, la Surface Hors Oeuvre Nette réglementation Thermique, une invention technocratique gauloise spécifique à cette nouvelle réglementation qui ne va pas manquer de poser des problèmes de compréhension. Sa définition alambiquée est précisée dans l’arrêté du 26 octobre 2010 relatif aux caractéristiques thermiques et aux exigences de performances énergétiques des bâtiments nouveaux et des parties nouvelles de bâtiments. Pour simplifier, une fois analysée, la SHONRT est égale à la surface habitable ou la surface utile à laquelle toutes les surfaces des murs et des parois sont rajoutées. Dans une maison, on peut considérer que le rapport SHab/SHONRT est d’environ 0,95. Le besoin maximum de notre construction est donc de 38,7*0,95 soit environ 37kWhep/m2SHab/an. Sans rentrer ici dans la méthode de calcul RT2012, la consommation moyenne d’énergie primaire autorisée est d’un maximum de 50kWhep/m2SHab/an pour les 5 besoins que sont le chauffage, la climatisation, l’ECS (Eau Chaude Sanitaire), l’éclairage et les auxiliaires de chauffage et de VMC (Ventilation Mécanique Contrôlée). Sans besoin de climatisation, notre construction passive doit donc avoir un besoin d’énergie limité à 50-37 soit 13kWhep/m2SHab/an pour l’ECS, l’éclairage et la VMC. Autant dire que c’est totalement impossible même en utilisant des capteurs thermiques couplés à un chauffe-eau thermodynamique, des lampes à basse consommation et des VMC très performantes dotées de moteurs très efficaces à courant continu.

Résultat parfaitement aberrant de la RT2012 sans production d’énergie électrique à l’aide de panneaux photovoltaïques, le chauffage électrique par effet joule est totalement impossible dans le sud-est de la France parce que les besoins maximums y descendent à 40kWhep/m2SHab/an alors qu’il peut être utilisé dans le nord-est ou ces mêmes besoins peuvent monter à plus de 65kWhep/m2SHab/an. Il est impossible de chauffer des maisons passives avec un effet joule dans le sud ou les besoins réels sont faibles alors que c’est possible dans le nord ou les besoins réels sont pourtant beaucoup plus importants¡¡¡ Même les points d’exclamation en tombent sur la tête. Aucun problème de ce type ne se pose, bien évidemment, avec le label Passivhaus parce que les règles du concept sont les mêmes, quelle que soit la région.

Il faut toutefois souligner que dans le sud de la France, il est possible de descendre, sans trop de difficultés, la consommation des maisons passives à 8kWhu/m2Hab/an en respectant la puissance de chauffage maximale de 10W/m2SHab du label Passivhaus. Dans ce cas, il est possible de construire passif avec un chauffage par effet joule, à l’aide de batteries électriques chauffant l’air insufflé par exemple, tout en restant conforme à la RT2012 à condition de ne pas être obligé de climatiser et en compilant les systèmes réellement les plus performants pour l’ECS, l’éclairage et la VMC.

La RT2012 fournit toutefois, dans toutes les régions françaises, au détriment de la qualité propre au bâtiment, un moyen qui peut assurer sa compatibilité avec le standard maison passive utilisant un chauffage à effet joule. Elle consiste simplement à installer une production d’électricité d’origine photovoltaïque suffisante, de préférence intégrée en toiture, puisque, dans ce cas, la consommation maximale autorisée peut être augmentée de la valeur de la production avec, toutefois, un maximum de 12kWhep/m2SHab/an. Les consommations maximales peuvent ainsi passer à 52kWhep/m2SHab/an dans le sud-est de la France et à 77kWhep/m2SHab/an dans le nord-est. Même si ce n’est pas forcément la solution la plus écologique, la mise en œuvre de panneaux photovoltaïques en toiture permet la réalisation de constructions passives compatibles avec la RT2012 chauffées par effet joule partout en France à la condition d’utiliser des systèmes très performants, mais pas nécessairement cumulés, pour les autres besoins.

L’effet joule n’est pas la seule solution permettant l’usage de l’électricité pour le chauffage. Un système thermodynamique air/air simple, de type monosplit, installé dans le séjour par exemple, avec un COP qui peut atteindre 5, associé à une VMC double flux avec récupération d’énergie qui assurera le chauffage des autres pièces permettra de baisser le besoin de chauffage d’une construction passive optimisée à moins de 8kWhep/m2SHab/an. Dans le sud de la France, le besoin de chauffage pourra même baisser à 5kWhep/m2SHab/an. La faiblesse de ces puissances de chauffage permettra, sans problème, le respect simultané de la RT2012 et même des futurs labels BBC+ et BEPOS toujours à la même condition d’utiliser des systèmes très performants pour les autres besoins.

Dans la RT2012, le coefficient de conversion en énergie primaire est de 1 avec toutes les sources d’énergie hors électricité y compris le bois!!! Même avec ces énergies, les constructions passives ne peuvent être réglementaires qu’à la condition d’utiliser des systèmes très performants pour les autres besoins. Il est à noter que le respect de la RT2012 est dans ce cas, comme dans celui du chauffage par effet joule, plus difficile à résoudre dans le sud de la France que dans le nord sauf à utiliser, comme précédemment, des capteurs photovoltaïques permettant d’augmenter le besoin maximum.

ParagrapheBilan de la comparaison



Une construction passive n'est pas nécessairement conforme à la RT2012 et peut consommer plus d'énergie primaire. Elle peut toutefois le devenir même dans le pire des cas correspondant à la conversion en énergie primaire d’un chauffage électrique rudimentaire. Quel que soit le mode de chauffage, électrique par effet joule ou thermodynamique, au bois ou avec toute autre énergie, une construction passive ne pourra être conforme à la RT2012 que si elle utilise un système d’ECS soit de type thermodynamique, soit comportant des capteurs thermiques, soit les deux. Cette obl
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Les maison passives ont leur propre logiciel de calcul



Lorsque l’option d’une construction passive labellisée sera retenue, les calculs RT2012 et Passivhaus devront obligatoirement être effectués en parallèle avec les logiciels spécifiques pour vérifier que toutes les obligations sont respectées point par point tel est une des conclusions de l’article «Compatibilité RT2012 et Passivhaus».
  • Une des conséquences de l’obligation d’utiliser les 2 méthodes de calcul est une double saisie des données communes dans les logiciels spécifiques alors que la conformité simultanée au label et à la réglementation devrait pouvoir être démontré le plus simplement possible et au moindre coût. Ni les logiciels basés sur le moteur de calcul du CSTB intouchable, ni la méthode de calcul PHPP accessible et modifiable du label Passivhaus ne permettent d’atteindre cet objectif.
  • Pour n’utiliser qu’une des 2 méthodes, il faudrait démonter qu’il existe au moins une relation simple entre les calculs RT2012 et PHPP afin de passer de l'un à l'autre sans grands calculs. Par essence, les logiciels obligatoirement certifiés RT2012 et le PHPP des constructions labellisées Passivhaus ne sont pas compatibles. Les définitions des besoins dans les deux cas, à elles seules, rendent cette démonstration impossible. La RT2012 prend en compte 5 besoins en énergie primaire alors que le label Passivhaus ne retient que les besoins de chauffage en énergie utile.

Une solution existe éventuellement dans le titre V de la RT2012 qui définit, dans ses articles 49 et 50, la possibilité de faire agréer des systèmes spécifiques en globalité. Une construction passive avec des critères supplémentaires obligatoires, entre autres, en termes de coefficient BBIO, d’énergie primaire et de température d'été pourrait éventuellement être considérée comme un système compatible RT2012 à la condition que les calculs soient réalisés avec la méthode RT2012 qui ne permettra pas la labellisation Passivhaus. Inversement, des feuilles de calcul Excel spécifiques, permettant d’effectuer les calculs indispensables à la RT2012, pourraient éventuellement être liées en externe au PHPP dans lequel les données pourraient être récupérées. Cette solution est également impossible du fait que seul le moteur de calcul du CSTB est réglementairement utilisable.

La seule solution pour faciliter les calculs consiste à créer, le plus simplement possible,
une interface de saisie unique des données communes entre les logiciels RT2012 et le PHPP.


Cette méthode permettra une évolution facile en parallèle à celles de la réglementation et du label Passivhaus. Elle est comparable aux logiciels RT2012 qui ne font que rajouter une interface au moteur de calcul non modifiable du CSTB mais s’interpose directement entre les logiciels RT2012 et PHPP.

Les distributeurs de logiciels RT2012 n’ont aucun intérêt à développer une interface avec le PHPP qui ne présente pas une obligation réglementaire contrairement aux constructeurs de bâtiments labellisés Passivhaus qui, de toute façon, doivent construire en conformité à la réglementation. Elle n’est, de plus, pas rentable au regard de la faiblesse du nombre de projets passifs. Une telle interface ne pourrait donc être réalisée que par les tenants du concept passif. La quantité de données communes aux 2 méthodes de calcul par projet et le nombre de projets passifs qui devraient être suffisants pour justifier l’utilité de sa mise au point n’est peut-être plus, dans ce cas, un frein majeur. Si la rentabilité de la réalisation d’une interface entre PHPP et logiciel RT2012 n’est pas certaine au vu du faible nombre des constructions actuellement labellisées en France, sa faisabilité semble essentielle pour le développement du concept.

Le développement du standard Passivhaus pourrait dépendre largement
du développement d’une interface entre les logiciels RT2012 et Passivhaus.


Les obligations liées à la RT2012 provoquent le développement de logiciels de calculs réglementaires directement interfacés aux logiciels de CAO, Conception Assistée par Ordinateur. Le choix de la réalisation d’une interface entre RT2012 et PHPP devrait être plutôt orienté vers des logiciels qui permettent les deux types de saisie, manuelle et graphique.



En résumé :
  • Les constructions RT2012 labellisées Passivhaus nécessiteront la réalisation des calculs réglementaires simultanément à ceux du label passif
  • La simplification des calculs nécessite la création d’une interface de saisie unique des données communes entre les logiciels RT2012 et le PHPP du Passivhaus Institut.

  • Thème 18 - RT2012 vs Passivhaus